De sa « Carte Blache » N°317 publiée ce mardi 15 septembre 2026, reprise telle que ci-dessous
Depuis son accession à l’indépendance, la vie politique en RDC n’a cessé d’être marquée par les confrontations. De Kasa-Vubu et Lumumba, avec leurs désaccords et leurs révocations réciproques, au long face-à-face entre Mobutu et Étienne Tshisekedi, puis entre ce dernier et les différents régimes Kabila, notre histoire est jalonnée de confrontations qui ont souvent semblé sans issue. Entre-temps, le pays s’enfonce. Les autres avancent.
L’opposition actuelle semble, à son tour, s’inscrire dans cette tradition du bras de fer permanent, privilégiant le jusqu’au-boutisme au détriment du compromis.
Or, dans un rapport de forces politique, l’intransigeance ne constitue pas nécessairement une stratégie gagnante. Lorsqu’elle ne permet pas de transformer le rapport de forces en résultat politique concret, elle peut laisser l’initiative à celui qui détient le pouvoir institutionnel.
L’expérience d’Étienne Tshisekedi est, à cet égard, instructive.
Au début de la Conférence nationale souveraine, il n’était pas favorable à la logique des conférences nationales organisées notamment au Bénin et à Brazzaville, estimant qu’elles n’avaient pas permis de faire tomber les régimes qu’elles entendaient faire tomber.
Pourtant, l’UDPS finit par participer à la CNS, malgré des conditions qui étaient loin de correspondre à toutes ses exigences. Une dynamique se créa de l’intérieur et contribua à modifier le rapport de forces. Étienne Tshisekedi accéda finalement à la Primature.
La leçon est importante : participer à un processus ne signifie pas nécessairement l’approuver dans toutes ses modalités. On peut y entrer tout en continuant à y défendre ses positions.
En 2006, l’UDPS choisit de boycotter le référendum constitutionnel et les élections. Le processus se poursuivit sans elle. En 2011, elle participa finalement aux élections. Joseph Kabila fut proclamé vainqueur. La contestation fut vive et la rue manifesta. Mais notre expérience montre aussi les limites d’une stratégie reposant sur la mobilisation populaire ponctuelle.
En RDC, une manifestation ne dure pas plus de trois heures. Elle ne peut pas modifier un rapport de forces institutionnel. C’est une réalité dont toute opposition responsable doit tenir compte.
Si le Président Félix Tshisekedi avait choisi de ne participer aux élections que lorsque toutes les conditions correspondant à ses exigences étaient réunies, il n’aurait probablement pas pris part au scrutin de 2018. Il a accepté de se lancer dans la compétition avec une CENI contrôlée par le pouvoir.
Il a finalement accédé à la magistrature suprême.
La politique n’est donc pas seulement l’art de défendre ses convictions. Elle est aussi celui de savoir à quel moment avancer, négocier et accepter une étape imparfaite pour pouvoir peser sur la suivante. Chaque camp doit faire un pas vers le centre.
C’est au centre que les adversaires peuvent trouver les bases d’un compromis acceptable.
Le Chef de l’ État avait initialement exprimé son refus à l’égard d’un dialogue dont il ne percevait pas nécessairement l’utilité dans la résolution de la crise sécuritaire. L’opposition, de son côté, en réclamait l’organisation avec insistance.
Le Président a finalement accepté le principe d’un dialogue. Plutôt que de faire aussi un pas, l’opposition, elle, a choisi la rue.
Et sa marche du 15 septembre a joué en faveur du pouvoir qui laisse son opposition s’exprimer dans la rue sans entraves. L’acceptation du dialogue projette l’image d’un Chef à l’écoute de l’opposition. Par contre, l’opposition, elle, se montre intransigeante.
La RDC a trop longtemps vécu dans une logique où tout compromis était interprété comme une faiblesse et toute concession comme une trahison.
Le moment est venu de privilégier la stratégie sur la posture, le compromis sur l’affrontement et l’intérêt national sur la logique du tout ou rien.
Halte à la politique de l’affrontement permanent.
Bivince Mpungu/Steve Mbikayi





