La sortie médiatique de Muhindo Nzangi sur la situation à l’Est de la RDC ravive le débat sur la discipline gouvernementale. À peine trois jours après l’appel du président Félix Tshisekedi à une « concertation préalable dans la communication étatique », lancé lors de la 73ᵉ réunion du Conseil des ministres, le ministre d’État en charge de l’Agriculture, Muhindo Nzangi, a créé une onde de choc par une prise de parole jugée à contre-courant de la ligne officielle.
Invité de l’émission Bosolo na politik sur la chaîne privée Bosolo TV, le ministre n’a pas atténué ses propos. Il a déclaré que les Forces armées de la RDC avaient été mises en difficulté par une désinformation orchestrée depuis le Rwanda, accusant l’ennemi de disposer « d’instruments de communication de propagation à grande vitesse ». Évoquant même le risque de la chute d’Uvira, il s’est permis des critiques sévères à l’endroit des FARDC, allant jusqu’à lancer : « N’eût été le petit message de Marco Rubio, ils seraient déjà à Kalemie », une déclaration perçue comme une remise en cause directe de l’efficacité de l’armée nationale.
Ces propos ont suscité une vague d’indignation, y compris au sein de la majorité présidentielle. Aminata Kasa, communicante influente du camp au pouvoir, a publiquement exigé la démission du ministre, qualifiant son comportement de « honte ». De son côté, Didier Kamerhe, cadre de l’UNC, a estimé que les difficultés militaires ne pouvaient être dissimulées par une simple bataille de communication, évoquant au passage des « détournements d’argent » et des « commandements douteux » qui pourraient fragiliser l’appareil sécuritaire au sommet de l’État.
Au-delà de la polémique, cette affaire relance la question de la coordination et du respect du cadre réglementaire au sein du gouvernement. Muhindo Nzangi s’exprimait-il à titre personnel ou en sa qualité de membre de l’Exécutif ? Plusieurs observateurs estiment que, bien que n’ayant pas abordé les mêmes sujets, les propos du ministre à l’encontre des troupes engagées au front sont aussi condamnables que ceux récemment reprochés au général Sylvain Ekenge.
Dario Kiaka










