RDC/Guerre d’agression rwandaise: La société civile exige des déclarations de condamnation claires des prélats catholiques de la région

La société civile de la RDC a dans un mémorandum face au silence des prélats catholiques de la RDC, du Rwanda, du Burundi, et de l’Ouganda sur la situation d’insécurité à l’Est du pays, exigé des condamnations claires des violences qui sévissent la partie orientale du pays. Un mémorandum signé par le Coordonnateur générale de la société civile de la RDC, Monsieur Christopher Ngoyi Mutamba, dont une copie est parvenue à la rédaction de CONGOINFO.NET ce lundi 15 décembre 2025, avec pour objet : interpellation fraternelle adressée aux prélats catholiques de la Sous-région.

Ci-dessous l’intégralité du Mémo

l. Introduction
Ce mémo est rédigé dans un esprit fraternel, dans le respect de la tradition catholique et dans la conscience de la responsabilité morale et pastorale qui vous incombe en tant que guides spirituels. Il vise à interroger la position de l’Église catholique du Rwanda face aux violences persistantes à l’Est de la République Démocratique du Congo, notamment celles liées au mouvement armé, connu sous l’appellation AFC/M23.
Alors que la région des Grands Lacs traverse une phase d’instabilité particulièrement grave, marquée par des déplacements massifs de populations, des pertes en vies humaines et une fragilisation profonde des tissus sociaux, il apparaît essentiel d’engager une réflexion honnête et éclairée sur la manière dont l’Église, en tant qu’institution morale, peut ou devrait se positionner.
Votre Éminence,
Vos Excellences,
Révérends Pères,
Derrière les chiffres souvent cités dans les rapports internationaux se trouvent des visages concrets : des mères contraintes de fuir avec leurs enfants sur le dos, des vieillards abandonnés sur les routes de l’exil, des jeunes privés d’école et d’avenir, des familles séparées dans la panique des bombardements. Le peuple congolais de l’Est ne vit pas
une crise abstraite, mais une épreuve quotidienne faite de terreur, de deuil et de déracinement.
Cette souffrance silencieuse, portée avec une dignité souvent héroïque, interpelle profondément la conscience chrétienne et appelle une compassion active, au-delà des frontières et des appartenances nationales.

Le peuple congolais de l’Est, majoritairement chrétien, partage la même foi, la même espérance et souvent la même langue spirituelle que le peuple rwandais. A ce titre, sa souffrance devrait résonner comme celle d’un frère blessé dont le cri traverse le lac, la montagne et la frontière pour atteindre le cœur de l’Église universelle. À la lumière de ces textes, la mission pastorale de l’Église dépasse les frontières nationales et s’inscrit dans une vision universelle de la fraternité humaine. Ainsi, lorsque des populations souffrent, même en dehors du territoire national, l’Église est invitée à se prononcer avec courage,
compassion et clarté. Ce cadre théologique invite à réfléchir sur la responsabilité spécifique de l’épiscopat rwandais face à une crise régionale dont les conséquences humanitaires sont bien documentées et qui interpelle fortement la conscience chrétienne.

4. Éléments problématiques nécessitant clarification
La problématique centrale réside dans le décalage entre la gravité des événements sur le terrain et le silence apparent de l’Église catholique du Rwanda, Les avancées militaires de I’AFC/M23, la chute de Bunagana, Goma, Bukavu et Uvira ne sont pas seulement le
résultat d’un conflit localisé, mais s’inscrivent dans un cadre géopolitique largement documenté par les Nations unies, les organisations régionales et de multiples rapports indépendants.
De nombreuses sources indiquent de manière convergente que l’AFC/M23 bénéficie d’un soutien militaire, logistique et opérationnel provenant du territoire rwandais, incluant l’approvisionnement en armes, l’assistance technique, le transport de troupes, la fourniture de munitions et diverses formes de ravitaillement. Cette réalité, connue et discutée dans les forums diplomatiques internationaux, confère au conflit une dimension transfrontalière qui interpelle directement les acteurs religieux du Rwanda, non pas sur le plan politique, mais sur le plan moral, pastoral et éthique.

Dans un contexte ou les rebelles sont ravitaillés à partir de réseaux opérant à proximité, voire à partir, du territoire rwandais, la crise dépasse le seul cadre congolo-congolais et porte des implications régionales majeures. Le silence persistant de l’épiscopat rwandais,
alors même que les rapports internationaux établissent la présence d’armements, de matériels militaires et de ravitaillement en provenance du Rwanda, crée un malaise profond pour de nombreux fidèles et observateurs.

Ce silence apparaît d’autant plus paradoxal que l’Église catholique, en tant qu’autorité morale, possède la capacité unique de s’exprimer au-delà des considérations politiques et de rappeler la primauté de la vie humaine, de la dignité humaine et de la paix. Dès lors, la problématique ne porte pas uniquement sur l’absence de communiqué ou de dénonciation, mais aussi sur la manière dont cette absence est perçue dans un contexte où le rôle du Rwanda dans le soutien aux rebelles est largement connu et documenté. Pour de nombreux fidèles congolais, ce silence n’est pas perçu comme une simple prudence pastorale, mais comme une absence douloureuse là ou une parole prophétique était attendue. Il engendre un sentiment d’abandon spirituel et alimente une incompréhension profonde : comment l’Église peut-elle rester muette lorsque ses propres enfants meurent, fuient ou vivent dans l’angoisse permanente ? Ce malaise, s’il n’est pas
pris en compte, risque de se transformer en une blessure durable dans la communion ecclésiale régionale. Cette perception risque de fragiliser la crédibilité morale de l’Église rwandaise à un moment ou la région a précisément besoin d’une parole de vérité, de justice et de réconciliation.

5. Interrogations adressées fraternellement à l’Église du Rwanda
Dans une optique constructive et respectueuse, il est légitime de solliciter une clarification concernant la posture actuelle de l’Église catholique du Rwanda. La première interrogation porte sur la justification théologique d’une absence de parole publique dans un contexte ou la souffrance humaine atteint des proportions dramatiques.
La deuxième concerne la lecture géopolitique qui pourrait expliquer une telle retenue, dans une région où toute prise de position est susceptible d’être interprétée politiquement?
La troisième interrogation touche à la compréhension de la fraternité humaine et chrétienne dans les Grands Lacs, en particulier au regard de la proximité culturelle, linguistique et spirituelle entre les peuples du Rwanda et de l’Est de la RDC. Enfin, il serait pertinent de comprendre la vision de l’Église du Rwanda quant à son rôle potentiel dans une mission de médiation, de plaidoyer ou de solidarité humanitaire transfrontalière, dans un esprit cohérent avec l’enseignement social de l’Église.

Ces interrogations ne procèdent ni de l’hostilité ni de la suspicion, mais d’un attachement sincère à l’Église et à sa mission. Elles expriment un cri discret mais persistant des communautés congolaises qui continuent de croire que leurs pasteurs, même au-delà des frontières, peuvent être une voix pour ceux qui n’en ont plus.

6. Appel fraternel et perspectives constructives
Le peuple congolais n’attend pas une condamnation politique, mais une parole de consolation, de vérité et d’espérance. Une parole qui dise clairement que sa souffrance est vue, reconnue et partagée par l’Eglise sœur du Rwanda. Une parole capable de rappeler que la paix ne se construit pas sur la peur des peuples, mais sur la reconnaissance de leur dignité commune. Au regard de ces éléments, un appel fraternel est formulé afin que l’Église catholique du Rwanda puisse contribuer de manière plus visible à la promotion de la paix, de la vérité et de la justice dans la région. Dans cette perspective, ce mémo souhaite offrir une analyse rigoureuse, scientifique et théologique, tout en recherchant une compréhension mutuelle et une clarification fraternelle.

2. Contexte factuel et humanitaire
Depuis l’année 2022, l’Est de la RDC connaît une aggravation inquiétante du conflit alimentée par la résurgence du M23 et sa progression territoriale dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cette aventure militaire a entraîné des bouleversements
majeurs, notamment la chute de la cité stratégique de Bunagana, qui constitue un carrefour important pour les flux commerciaux transfrontaliers. A mesure que le M23 avançait, les pressions sur la ville de Goma se sont intensifiées et la capitale provinciale se retrouvant encerclée à plusieurs reprises est finalement tombée aux mains de l’AFC/M23. Dans cette perspective, ce mémo souhaite offrir une analyse rigoureuse, scientifique et théologique, tout en recherchant une compréhension mutuelle et une clarification
fraternelle. La guerre, la faim et l’incertitude. Ces réalités ne sont pas seulement une tragédie humanitaire mais elles une blessure ouverte dans le corps du Christ, car « ce que vous avez fait d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,
40).
3. Cadre théologique et éthique
La doctrine sociale de l’Église propose un ensemble cohérent de principes qui engagent l’institution ecclésiale à défendre la vie, la dignité et la paix partout où elles sont menacées.
Les enseignements contenus dans Sollicitudo Rei Socialis, Gaudium et Spes, Pacem in Terris ou encore Fratelli Tutti rappellent avec force, le devoir de témoigner de la vérité, de dénoncer le mal et de se tenir aux côtés des opprimés. La charité évangélique ne connaît ni passeport ni frontière. Elle ne s’arrête non plus aux lignes tracées par l’histoire coloniale ou aux intérêts des États.

Une déclaration pastorale claire condamnant les violences, accompagnée d’un appel à la paix durable, renforcerait la crédibilité morale et spirituelle de l’Eglise. De même, une collaboration interconfessionnelle et inter épiscopale, entre le Rwanda, la RDC, le Burundi et l’Ouganda, pourrait constituer une plateforme régionale d’échange et de médiation. L’Eglise pourrait également envisager un plaidoyer humanitaire commun, par l’intermédiaire de Caritas international, visant à soutenir les millions de victimes et de déplacés. Enfin, une réflexion théologique partagée sur la paix et la fraternité dans les Grands Lacs contribuerait à restaurer la confiance entre les communautés et à promouvoir une vision d’unité au-delà des frontières.

7. Conclusion
En conclusion, ce mémo est une invitation à un dialogue sincère, respectueux et profondément fraternel. Il ne vise ni l’accusation le jugement, mais cherche à comprendre et à encourager une parole pastorale audible . Dans une période ou les populations civiles de l’Est de la RDC vivent dans la peur, l’incertitude et les déplacements répétés, l’Église catholique du Rwanda forte de son histoire et de son autorité morale, pourrait jouer un rôle déterminant en rappelant l’impératif chrétien de paix, de justice et de solidarité. Le silence, dans des incompréhensions et des fractures, alors qu’une parole claire et courageuse aurait la puissance d’apaiser, d’orienter et d’unir. En définitive, ce memo est porté par l’espérance que la fraternité chrétienne puisse l’emporter sur les logiques de silence et d’évitement.

Le peuple de l’Est, meurtri mais resilient, continue de prier, de croire et d’espérer. Une parole sincère et compatissante de l’Eglise catholique du Rwanda ne serait pas seulement un geste pastoral; elle serait un baume spirituel pour des millions de cœurs blessés et un signal fort que l’Eglise demeure fidèle à sa vocation de mère et de sœur pour tous ses enfants.

Les coordonnateurs Provinciaux et Points Focaux
Me Liévin BOLA(Kongo-Central); Me David TSHISOLA (HautKatanga); Arthur KALAMBAY(Kasumbalesa); Jules MANGILI (Mongala), Grégoire BAKAKA (Tshopo), Pasteur Samuel (Haut- Uele), Bijou SHISO SHISO (Lomami), Richard BUIRU (Sud Kivu), Modeste LUPALA (Nord Kivu), SamuelALIMAS| (Maniema)

Christopher Ngoyi Mutamba( Coordonnateur général)

La Rédaction